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La conception dominante et utilitariste de l’immigration doit changer.

par André Jacob

Travailleur social et sociologue, professeur retraité de l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal. Tout au long de ma carrière universitaire, j'ai mené une carrière artistique, tout particulièrement en arts visuels.

30 mai 2021

Par : André Jacob

Relations no 757
juin 2012

L’auteur, professeur associé à l’École de travail social de l’UQAM, est coordonnateur de l’Observatoire international sur le racisme et les discriminations
Depuis quelques années, il est de bon ton d’entendre les organisations patronales et les organisations politiques de droite seriner le refrain de l’importance de l’immigration pour l’avenir du pays, le poids démographique de la population, le progrès social et économique et la survie des programmes sociaux. Ce refrain usé impose une vision de l’immigration moulée sur les besoins en main-d’œuvre des entreprises. Dans les faits, ces arguments reposent sur du sable mouvant. Pourquoi?

Premièrement, la lutte féroce dans l’arène de la concurrence mondiale ne permet pas à elle seule de justifier la précarisation de l’emploi et la dévalorisation du travail. Deuxièmement, le travail temporaire et la sous-traitance font maintenant partie des stratégies de gestion des entreprises, de l’arsenal d’exploitation de la main-d’œuvre en général et de celle immigrante en particulier, afin d’augmenter les marges de profit des actionnaires, pas de valoriser l’apport des travailleurs à leur enrichissement. Troisièmement, on ne démontre pas toujours le manque de main-d’œuvre locale et on évacue du débat le fait qu’il peut être légitime que des « travailleurs locaux » ne souhaitent pas se plier aux conditions minimales de travail offertes. Enfin, le discours positiviste des gouvernements et du patronat sur l’immigration utilitaire soulève quelques questions fondamentales : reconnaît-on l’immigrant comme un citoyen? Reconnaît-on ses droits fondamentaux, sociaux et économiques? Comment envisage-t-on son intégration?

L’enjeu de la citoyenneté
Le fait d’ouvrir la porte à des citoyens et à des citoyennes d’autres pays suffit à justifier le principe de la reconnaissance éventuelle de leur citoyenneté. Toute personne qui s’installe au Canada, avec le statut de résident permanent, de réfugié ou de travailleur temporaire, devrait pouvoir espérer obtenir la citoyenneté canadienne selon les règles en vigueur et se voir reconnaître les mêmes droits que tout individu né au Canada. Le travail contribue au développement social, économique et culturel; en conséquence, il devrait entraîner la reconnaissance du droit à la citoyenneté.

Or, la réalité s’avère très différente. Les gouvernements canadien et québécois s’appuient sur le principe même du développement capitaliste ultra-libéral, soit la sacro-sainte loi dite du marché, pour promouvoir une immigration utilitaire et rentable à court terme. La finalité actuelle de l’immigration s’apparente de plus en plus à celle qui existait à l’époque où elle relevait du secteur privé, au XIXe siècle, lors des grandes stratégies de colonisation et de construction des chemins de fer qui consistaient à « importer » une main-d’œuvre prête à accepter des conditions de travail minimales, tant sur le plan des salaires que sur celui du respect des normes. Devant cette pression à la baisse sur les salaires, les travailleurs nationaux se voient contraints de se plier à des diminutions de leurs conditions de travail, au risque d’être remplacés par des personnes recrutées à l’étranger.

L’augmentation considérable du nombre de travailleurs étrangers temporaires au cours des dernières années illustre bien cette tendance lourde à les stigmatiser et à les maintenir dans le vide juridique de citoyens sans statut. Quant aux professionnels, exception faite des investisseurs, ils se retrouvent souvent disqualifiés parce que leur formation ou leur expérience ne sont pas reconnues et nécessitent des efforts de mises à niveau considérables, certes rigoureuses, mais souvent trop exigeantes sur les plans humain et financier.

Une discrimination structurelle
En résumé, par-delà les déclarations racoleuses sur nos généreuses capacités d’accueil de l’étranger et l’ouverture à la diversité culturelle, par-delà les débats superficiels sur le nombre acceptable d’immigrants ou les ressources nécessaires à leur intégration, il s’agit d’abord de considérer les travailleurs immigrants comme des citoyens à part entière. L’utilisation massive des travailleurs étrangers à des fins strictement utilitaires correspond à une véritable discrimination structurelle et permanente. Cette conception dominante de l’immigration génère un déni de citoyenneté, à savoir la non-reconnaissance des droits fondamentaux, sociaux et économiques. L’utilisation massive des travailleurs temporaires (travailleurs agricoles saisonniers, aides familiales résidentes, travailleurs étrangers temporaires peu spécialisés), souvent liés à un seul employeur selon les termes d’un contrat de travail à court ou moyen terme, illustre bien cette situation. À plus long terme, la plupart d’entre eux ne peuvent devenir résidents permanents et ne bénéficient donc d’aucune mesure de soutien à leur intégration. Des changements s’imposent de toute urgence.

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