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Hommage à ma mère.

Départ pour la nuit des temps

par André Jacob

Travailleur social et sociologue, professeur retraité de l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal. Tout au long de ma carrière universitaire, j'ai mené une carrière artistique, tout particulièrement en arts visuels.

1 juin 2021

Ce matin-là, l’aube me parut grise malgré un soleil éclatant. En fermant la porte de l’hôpital derrière moi, j’eus l’impression de tomber dans le vide. Abasourdi par une nuit sans étoiles, je marchais sans but, fuyant ma tristesse, saudade. Ma mère venait de rendre son dernier souffle après un long coma.

Au hasard du premier café sur mon chemin, les gens s’animaient pour chercher une table, prendre un café, entrer en contact avec la vie d’une nouvelle journée. J’entendais des rires qui me paraissaient incongrus. Ce brouhaha me fendait l’âme. J’ai pressé le pas pour m’assurer de trouver la solitude pour réfléchir à tout ce que j’aurais aimé lui dire.

J’avais l’impression d’avoir manqué de temps auprès d’elle. Mille souvenirs se bousculaient dans ma tête, mais le message de sa vie s’imposa dans mon esprit et m’emporta comme une vague de fond : une source d’amour et de joie de vivre sur un fleuve irisé de lumière. Plénitude.

Rien ne m’empêchait de pleurer son absence absolue, mais la sérénité s’est imposée comme un éclair; je me suis rappelé ce qui l’inspirait le plus, la rivière Batiscan qui l’avait vue naître et grandir.

Je me suis aussitôt rendu au bord de la rivière, à un endroit caché près d’une immense roche, juste pour regarder le fil de l’eau, là où elle était allée tellement de fois. Pendant des heures, le mélange de zones calmes et de rapides m’a envoûté autant que si j’écoutais la Moldau de Smetana.

La plénitude du sens de la vie de ma mère s’imposait comme le courant. Ma mère était une rivière tranquille.

Je la revoyais vivre sous mes yeux avec son calme légendaire, la constance de son amour, sa simplicité, sa joie de vivre traduite par son sourire perpétuel et ses chants qui nous égayaient tant. Je retrouvais l’énergie créatrice qu’elle m’avait inculquée. Comme l’eau, son message a nourri le terrain de mon cœur et de mon esprit.

Apaisé, j’ai longé la rive lentement, au rythme du courant, avec la sensation de sentir ma mère à mes côtés me chantant sa complainte préférée, Évangéline, à pleine voix. Son absence me comblait.

Corneille l’avait bien dit : Quand nous avons perdu le jour qui nous éclaire / Cette sorte de vie est bien imaginaire / Et le moindre moment d’un bonheur souhaité / Vaut mieux qu’une si froide et vaine éternité. 

André Jacob, 25 janvier 2021

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