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De quelques doutes au sujet des politiques du Parti conservateur du Québec (PCQ).

par André Jacob

Travailleur social et sociologue, professeur retraité de l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal. Tout au long de ma carrière universitaire, j'ai mené une carrière artistique, tout particulièrement en arts visuels.

28 septembre 2026

De quelques doutes au sujet des politiques du Parti conservateur du Québec (PCQ).

La campagne électorale en cours montre un Éric Duhaime promoteur de réformes fondamentales de l’État québécois. L’idée semble plaire à nombre de personnes envoûtées par cette promesse remplie de contradictions. On se laisse facilement berner par ce qui semble une logique en apparence implacable; réduire la taille de l’État ferait automatiquement gagner des milliards de dollars aux contribuables sans aucune coupure dans les services; moins d’impôts et moins de taxes à payer, donc plus d’argent dans le portefeuille et des services privés plus efficaces que les services publics. Le pactole quoi, rien de moins.

Le tour semble joué aussi facilement qu’une démonstration de magie. Éric Duhaime fait miroiter du rêve à la manière d’un habile prestidigitateur qui ne démontre jamais, il affirme comme un prédicateur des dogmes convenus du capitalisme libertarien; il joue sa partition en manipulant les frustrations des gens par rapport aux services publics et sa tactique lui sourit même si c’est contradictoire et fallacieux. Malgré tout, sa popularité est en hausse et devient aussi banale que la réputation de n’importe quel autre politicien.

En pratique, il ne mentionne jamais que ses politiques annoncent une douloureuse austérité sur le plan des services en raison d’une réingénierie radicale fondamentale de l’État. À cela, s’ajoute une attaque constante contre le syndicalisme dans les services publics. Au début de la campagne électorale, il a affirmé que les syndicats allaient le trouver sur leur chemin s’ils s’avisent de s’opposer à ses stratégies de démolition. Peut-on s’attendre à une dérive autoritaire comme il est possible de le constater chez les adeptes des politiques libertariennes comme Donald Trump, Elon Musk et autres charlatans du capitalisme dit libre prometteur de richesses. Mais pour qui?

Les prémisses de ses positions reposent sur une pierre d’assise en papier mâché, soit des préjugés crasses tenaces fort répandus dans l’opinion publique : les fonctionnaires sont trop bien payés alors qu’ils et qu’elles ne fouteraient rien, alors ils.elles deviennent inutiles. CQFD. Simple comme bonjour. La plupart du temps, des gens admettent cette idée en raison des difficultés de communication avec les fonctionnaires ou des lacunes dans l’accès à certains services.

Il suffit de scruter un peu la quantité impressionnante d’opinions pas tellement convaincantes émises massivement sur les réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Citations textuelles : « On croit au Québec MODERNE avec un système tout à fait différent des autres partis au pouvoir qui ne font que s’enrichir à nos dépens; Laissez lui le pouvoir pendant 4 ans et je suis convaincu qu’on peu s’en sortir;  Il est pour redonner dans nos poches pas nous voler comme les autres; T’es pas écœurer de payer de plus en plus et avoir de moin en moin pcq l’état est obèse,tout le monde ce sert la ceinture mais les gouvernements ce graisse la patte entre eux! Duhaime est le seul parti qui va couper dans le gras pour redonner au pauvre peuple; FINIS VOS PARTIS DE MARDE DE GROSSE MACHINE QUI DEPENSE LARGENT DUPEUPLE TAXER COMME ON LA JAMAIS METTRE LE QUEBEC ET LAUTRE CARNEY LE CANADA EN FAILLITE FINIS VOS PARTIS DE BOOMERS FINI; Les services au Québec c’est dégueulasse alors ça ne me dérange pas de pu les payer surtout quand je vois ce qu’ils font avec ce que je paie .Des fonctionnaires qui ne fonctionnent pas c’est assez et des syndicats qui bloquent l’évolution c’est ça le Québec. »

Dans tout ce charabia, on ne fait jamais allusion au fait que les services publics gratuits, par exemple une chirurgie ou l’accès à l’éducation à des coûts encore raisonnables représentent des économies très importantes pour les bénéficiaires de ces services.

Pour le PCQ et son chef charismatique, la liberté individuelle se résume à celle du citoyen consommateur; en 2014, à l’émission « Mike Ward sous écoute », il affirmait : « Moi, je suis libertarien, mais libertarien dans le bon sens. Moi, je veux pas (sic) un ostie de gouvernement qui me dit quoi faire… » Cette déclaration simpliste s’avère une négation du rôle de l’État. Point barre. Les services publics que doit offrir un gouvernement ne font pas partie de ses préoccupations : services publics (santé, éducation, aide à l’enfance, soins aux aîné.e.s, infrastructures, etc.)  Nier le rôle de l’État équivaut à dire que le marché privé va devoir compenser les pertes de services publics. Les consommateurs et les consommatrices devront donc débourser davantage pour obtenir des services. Le rêve d’avoir plus d’argent en poche a bien peu de chance de se réaliser tel que le chef du Parti conservateur le proclame dans son discours antinomique.

Aujourd’hui comme dans le passé, il poursuit sa quête du paradis libertarien tout comme il le faisait lorsqu’il a fondé le Réseau Liberté Québec (RLQ) en 2010 et au cours de son emploi à l’Institut économique de Montréal. Il a toujours maintenu la même position en fondant aussi l’organisme Québec fier[1], une instance « anti-libéraux » financée par l’industrie pétrolière canadienne. La mission de Québec fier est clairement conforme à l’idéologie d’Éric Duhaime : « La corruption et la collusion règnent au gouvernement du Québec. L’État étouffe l’entreprise plutôt que de la stimuler. Le corporatisme syndical paralyse les chantiers. Un gouvernement vendu au lobby environnemental refuse d’exploiter nos ressources naturelles. Nous sommes dépendants des paiements fédéraux de péréquation. Notre langue et notre culture se portent mal. Nous sommes en panne de projets.[2] » Ainsi se résume la vérité formulée par le grand prêtre québécois du capitalisme libertarien. En d’autres termes, rien ne va plus, la loterie est ouverte, faites vos jeux!

Qu’en est-il des droits des citoyens et citoyennes?

Un gouvernement libertarien entraînerait un fléchissement significatif des droits des citoyens et citoyennes. Une grande part des services abandonnés à des entreprises privées enlèverait la possibilité de participer à des débats sur des enjeux de société et réduirait considérablement les possibilités de contester des pratiques inadéquates. Une question cruciale se pose : quels recours auraient les citoyens et les citoyennes devant des entreprises privées? On voit déjà les difficultés, par exemple, pour les résident.e.s des résidences pour personnes âgées achetées par des entreprise transnationales américaines; les propriétaires de tels services n’ont pas intérêt à permettre à des résident.e.s de pouvoir débattre de leurs politiques et de leurs pratiques d’affaires. Les résident.e.s doivent investir pas mal d’argent afin de pouvoir se loger tout en bénéficiant de services privés.

Par ailleurs, l’entrée massive d’entreprises privées dans les services publics a bouleversé l’accès public aux services; on peut le constater dans d’autres pays dont les gouvernements (Chili, Argentine, États-Unis, etc.) ont adopté les principes libertariens inspirés de l’École de Chicago qui puisent dans les théories développées par l’économiste idéologue et théoricien de la mouvance monétariste, Milton Freidman[3]. On observe de plus en plus d’inégalités sociales et économiques. Dans ce monde de la liberté économique, les riches ont les moyens financiers de se payer des services privés alors que les exclus du système socioéconomique en sont privés ou se retrouvent dans des services publics souvent en manque de ressources financières et humaines. Le capitalisme débridé sous la main de gens qui défient toutes les formes de contrôles sans respect de normes éthiques conduit à des dérives difficiles à justifier. Avis aux gens qui pensent qu’un régime libertarien entraîne une liberté égalitaire et équitable pour chaque individu alors qu’un tel régime vise d’abord le renforcement des plus fortunés d’une société en faisant valoir que la concentration de la richesse entraîne des retombées bénéfiques pour toute la société. Cette lubie n’a aucun fondement sérieux.

Que propose le Parti conservateur du Québec pour améliorer les services publics?

Rien. Comment compte-t-il trouver de solutions aux inégalités sociales et économiques? Rien. Pour lui, ça ne fait pas partie de l’équation. Dans son idéologie, l’organisation et le fonctionnement de la société reposeraient sur la dynamique du marché privé. Et tant pis si, comme aux États-Unis, une grande partie de la population est laissée pour compte (victimes collatérales) et s’appauvrit sur le plan financier, social et culturel.

Chez Éric Duhaime, ce qui semble plus vrai que vrai, comme le souligne son slogan de campagne, est de la poudre aux yeux qui embrouille les lunettes des gens qui cherchent à deviner la portée de ce chef impénitent et croisé du capitalisme libertarien. Comme tous les magiciens, il ne révèle pas ses trucs et ce qui se cache vraiment dans sa manche.

Comme le faisait remarquer Sébastien Tanguay dans Le Devoir du 24 septembre dernier. Sa synthèse de l’analyse des principes conservateurs libertariens mérite une considération in extenso : « Le « dégraissage » de l’État promis par le Parti conservateur du Québec (PCQ) prévoit une réduction des dépenses publiques de 47 milliards de dollars dans un premier mandat sans qu’en pâtissent les services à la population. Cette épargne financerait des allégements fiscaux « historiques » dont les « effets dynamiques » ajouteraient quelque 11 milliards de dollars sur cinq ans dans les coffres de l’État. Prudence avec ces bénéfices, parfois largement surestimés, avertit toutefois l’économiste et chercheur Antoine Genest-Grégoire[4].

Le camp conservateur veut « donner de l’oxygène » aux contribuables, et il en fait son mantra depuis le lancement de la campagne électorale. Cette bouffée d’air budgétaire souffle, dans sa plateforme électorale, sous la forme de baisses d’impôts inédites pour les particuliers autant que pour le Québec inc. »

Le calcul des « effets dynamiques » constitue le « principal enjeu » du programme conservateur.

« Les bénéfices promis par le camp conservateur seraient « possiblement deux fois trop gros » en raison des largesses de ses méthodes de calcul, selon le professeur.

Un maintien des services « dur à avaler »

Il s’avère difficile de soumettre à l’analyse l’allégement fiscal promis aux entreprises, souligne Antoine Genest-Grégoire. L’équipe conservatrice calcule les retombées positives de sa baisse du taux d’imposition sur les revenus des sociétés sans pour autant s’attarder aux impacts négatifs d’autres mesures de sa plateforme. »

« « C’est peu plausible que nous puissions réduire les dépenses de dizaines de milliards de dollars tout en maintenant les services. Tous les gouvernements ont essayé d’augmenter la productivité des fonctionnaires et de penser que, soudainement, un gouvernement conservateur pourra l’augmenter de 20 % parce qu’il a plus de volonté politique, c’est quand même dur à avaler. »


[1] Nicholas de Rosa, « Québec Fier, une usine à contenu pour le parti d’Éric Duhaime [archive] », sur Radio-Canada, 10 juin 2022 (consulté le 24 septembre 2022).

[2] https://www.quebecfier.org/notre_mission – Données d’août 2026.

[3] Sa thèse principale développée dans son libre Capitalism and Freedom (1962) est que la liberté économique est la condition nécessaire à la liberté politique.

[4] Chercheur à la Chaire en fiscalité et en finances publiques à l’Université de Sherbrooke.

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