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La tentation de la répression.

par André Jacob

Travailleur social et sociologue, professeur retraité de l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal. Tout au long de ma carrière universitaire, j'ai mené une carrière artistique, tout particulièrement en arts visuels.

12 janvier 2022

La tentation de la répression.

Article paru dans le journal Le Devoir du 13 janvier 2022.

Pour juguler la pandémie, le gouvernement du Québec a développé l’art de faire avaler les mesures répressives, notamment le couvre-feu et la dernière proposition, une taxe spéciale pour les non-vaccinés. S’appuyant sur le sentiment général de ras-le-bol, le premier ministre Legault fait appel à la majorité qu’il utilise à sa guise pour justifier ses décisions. Étonnamment, la réaction de la population s’exprime par la soumission, l’indolence voire l’indifférence même si personne n’a vraiment démontré l’efficacité de telles pratiques pour contrer les effets négatifs de l’invasion du virus omicron.

Cette attitude de soumission populaire correspond souvent au désir de sécurité et d’ordre social. Même si le Québec fait cavalier seul dans cette manière de gérer, l’utilisation de la répression est vieille comme le monde pour donner à un chef d’État la stature d’un homme fort capable de résoudre les problèmes et de mettre au pas les récalcitrants qui ne suivent pas la parade. Pour y arriver, il suffit d’avoir un ennemi de l’intérieur à combattre; l’histoire en fournit de nombreux exemples (Juifs, étrangers, communistes, syndicalistes, etc.). Dans le cas du Québec, il devient de plus en plus facile pour le premier ministre de bien paraître en justifiant les mesures répressives par le virus et… ces pelés, ces galeux, ces pestiférés, ces anticonformistes, les wokes, les gauchises, les solidaires et… les personnes non vaccinées. L’opinion publique condamne facilement les gens qui dérangent la quiétude et l’ordre;  lors de la peste, brûler une sorcière inventée, jugée cause du mal, sur un bûcher a toujours créé un triste spectacle sur la place publique au grand plaisir de la foule… et des notables qui pouvaient regarder ailleurs et poursuivre leur vie à l’abris des critiques.

Quant à l’atteinte aux droits des personnes visées, nul n’en souffle mot. Il vaut mieux ne pas réveiller le pittbull qui dort…

Mais une question demeure : a-t-on vraiment analysé en profondeur d’autres stratégies d’intervention? A-t-on d’abord entendu les partis d’opposition représentant aussi la voix du peuple? A-t-on tout tenté des stratégies du côté du côté des entreprises privées? Pourtant, certaines entreprises ont développé leur propre initiative pour inciter leur personnel à se faire vacciner. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à toutes les entreprises de promouvoir les tests rapides, voire même des séances de vaccination spéciales, sur place ou à proximité? Les entreprises doivent accorder quelques heures à leur personnel pour aller voter lors d’une journée d’élection, pourquoi ne pas les avoir invitées à faire de même pour aller se faire vacciner et entrer au boulot avec une preuve ou le passeport vaccinal? Quelques entreprises ont indirectement exigé la vaccination en proposant un choix entre le vaccin ou un congé sans solde jusqu’à ce que la personne aille se faire vacciner…

Le premier ministre Legault aime contrôler son message et ses messagers. Il tolère mal la critique et la méthode forte le sert bien sur le plan de sa popularité en vue d’une prochaine élection. On aime bien sa figure paternaliste et on le laisse aller avec ses mesures plus ou moins discutables plus politiques que scientifiques. Pourtant, la gestion de la crise ne correspond pas du tout à un concours de popularité. Le résultat, on endosse ses stratégies sans rien dire bien que le Québec soit loin d’être un premier de classe quant aux résultats concrets et positifs du contrôle de la pandémie, ce malgré les mesures répressives et régressives non démontrées. Comme le souligne Émilie Nicolas dans Le Devoir du 13 janvier 2022, la débandade du système de santé est en marche depuis des dizaines d’années: « Il y avait, en 1976, environ 7 lits d’hôpital par mille habitants au Canada. En 2019, nous en étions à 2,5. Le déclin de la capacité hospitalière du système de santé public s’est fait lentement, au fil des coupes budgétaires et des réformes douteuses. Si bien que pour bien des gens, il est désormais normal que les urgences débordent et que les ressources humaines ne suffisent pas. »

Le problème s’inscrit dans la cadre des visées de privatisation promues par les gouvernements soumis aux dogmes du néolibéralisme. En France, une enquête journalistique récente du journal L’Humanité du 13 janvier 2022 dévoile les mêmes tendances: « Le magazine présenté par Élise Lucet prend la température de notre système de santé. Et livre un diagnostic révoltant, bien qu’attendu, après des décennies de néolibéralisme : rongé par des logiques de rentabilité, pris en étau entre le manque de courage des gouvernants et le peu d’appétence de certains praticiens pour la notion d’intérêt général, notre fameux modèle serait de moins en moins égalitaire. »

Dans le contexte de ce débat sur la répression à l’égard des personnes non vaccinées, je salue les interventions de la Ligue des droits et liberté et de la Commission des droits et libertés de la personne et des droits de la jeunesse. Le Québec a grandement besoin de balises différentes de celles proposées par le gouvernement. Quand l’État empiète sur les droits dans l’indifférence, l’insouciance généralisée et l’acceptation massive, il faut questionner. Aujourd’hui, c’est telle ou telle catégorie de la population qui est visée, demain ce pourrait être n’importe qui en raison d’une caractéristique donnée différente de la majorité, y compris à cause de positions divergentes.

Ces mesures qui plaisent au peuple et servent bien un premier ministre en mal de notoriété me rappelle le poème de Louis Aragon, Ils condamnent leur liberté.

Ils condamnent leur liberté

Avec le sourire de la trahison

Toujours ils vont s’agenouiller

Au temple de la raison

Que peuvent-ils espérer

À se soumettre de cette façon

Les hommes comme prisonniers

De leurs pensées sans horizon.

Je ne clame pas ma vérité, mais mon doute.

Cette apathie générale à l’égard des mesures répressives m’invite aussi à relire et à entendre le fameux poème de Paul Éluard, LIBERTÉ.

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